#PREMIUM  @Henry Clarke 1952

                 New Look  Dans le sillage de la fin de la première saison de la série The collection revenons sur le style clé de voûte de la fiction le New-Look. Le 12 février 1947 naissait le New Look, créé par Christian Dior. Voici une remise en contexte et analyse d’une silhouette qui allait révolutionner Paris et le monde de la mode.

1. Un peu d’Histoire

« La haute couture est en avance sur son temps et complètement inédite, et c’est elle qui demain, par la façon dont elle sera portée, fera la mode de Paris, la mode du monde », revendiquait Christian Dior, confirmant la position de Paris en tant que capitale de la mode. Un statut que la Ville Lumière doit à Louis XIV qui souhaitait démontrer sa suprématie tant aux niveaux politique et économique que culturel. Admiré par l’Europe puis par le monde entier, Paris s’est ainsi élevé au rang de référent stylistique par excellence.

En 1770, Rose Bertin, que l’on peut aujourd’hui considérer comme l’instigatrice de la haute couture, ouvre sa propre boutique, « Le Grand Mogol », rue du Faubourg Saint-Honoré et s’érige rapidement en maître de la mode à la Cour du roi Louis XVI. Les talents et la créativité de la couturière n’échappent pas à Marie-Antoinette, adepte de l’habillement et du luxe, qui la nomme « Ministre de la Mode ».

Depuis lors, la mode et la haute couture n’ont cessé de prendre de l’ampleur, faisant de Paris l’hôte de créateurs de prestige : Louis Hyppolite Leroy, Charles Frederick Worth, Paul Poiret, Coco Chanel, ou encore Christian Dior.

 2. Les affres de la Seconde Guerre mondiale

Une bien belle histoire que celle de Paris, souverain de la mode à travers les siècles. Toutefois, un événement majeur est venu détrôner la capitale : la Seconde Guerre mondiale.

Le 14 juin 1940, les troupes allemandes s’emparent de la ville. Pendant quatre années, Paris cesse d’être la capitale française et perd sa notoriété auprès du reste du monde. Pour la première fois, les stylistes étrangers peuvent donner libre cours à leur création sans avoir à acheter auprès des grands couturiers parisiens. La mode prend alors un tournant international, invalidant définitivement la toute-puissance de Paris : Milan s’impose comme le maître de la soie, des couleurs vives et des coupes ajustées, Londres s’érige paradoxalement en chef du conservatisme, de l’innovation et du scandale, New York déploie sa force dans le style élégant, pratique et fonctionnel.

Le 22 août 1944, Paris est libéré de l’Occupation et retrouve son statut de capitale française. Néanmoins, la ville ne reconquiert pas instantanément son titre prestigieux et doit coopérer avec les nouvelles capitales de la mode.

3. La naissance du New Look

Au sortir de la guerre, la mode féminine en France est à l’image des six années difficiles que viennent de subir les Français : jupe droite et épaules carrées, le style est à l’uniforme. C’est donc en opposition à la rigidité apparente de la mode de l’époque que Dior déploie le 12 février 1947 sa première collection printemps-été intitulée « Corolle ».

Au revoir la femme-soldat ! Le couturier souhaite revenir aux fondements de la féminité et change radicalement les codes vestimentaires : les angles sont arrondis, les courbes soulignées, les lignes allongées, la taille étranglée. Tout est pensé dans une perspective de libération et d’hyperféminisation de la femme. « Je dessinai des femmes-fleurs, aux épaules douces, aux bustes épanouis, aux tailles fines comme des lianes et aux jupes larges comme des corolles », confiera-t-il par la suite. Pour obtenir l’effet escompté, Dior s’amuse avec les textiles et les volumes, insufflant à ses créations fluidité et légèreté.

Le succès de cette nouvelle collection est immédiat. A l’issu du défilé, Carmen Snow, rédactrice en chef du magazine féminin américain Harper’s Bazaar s’écrit « Mon cher Christian, vos robes ont un tel new look ! ». La formule restera et « Corolle » deviendra la première collection de six années de New Look.

4. Un nouveau départ

Plus qu’un style vestimentaire, le New Look s’impose comme un style de vie. Il ne s’agit plus seulement de s’habiller new mais de vivre new. Les horreurs de la guerre sont encore présentes dans les mémoires de tous et les mentalités sont avides de fraîcheur et de renouveau. Or changer de style, c’est aussi changer d’époque et de vie, faire table-rase du passé.

Rien de tel, pour dire adieu aux années moroses, que de substituer aux jupes sévères les jupons frivoles, ou encore aux chaussures compensées à bout carré les escarpins effilés et pointus. Tout ce qui apparaît terne et austère est balayé au profit d’une légèreté nouvelle. « Nous sortions d’une époque démunie, parcimonieuse, obsédée par les tickets de rationnement »1, écrira Dior dans ses mémoires. Une réflexion qui permet également de comprendre que l’on avait autre chose à penser entre 1939 et 1945. Replacer la mode au centre des préoccupations mondaines, c’est aussi une façon de montrer que l’on souhaite délaisser les sujets graves au profit de sujets plaisants et anodins.

Le New Look s’inscrit ainsi dans une double révolution : révolution de la mode à travers un changement drastique de style, mais également révolution d’un mode de vie calqué sur la volonté d’un nouveau départ.

 5. Paris à la reconquête de la mode

Outre un succès national fulgurant, le New Look connaît un triomphe international synchrone en partie grâce à Carmen Snow. Alors que cette dernière félicite Christian Dior au sujet du défilé « Corolle », l’histoire raconte qu’un correspondant de Reuters intercepte l’expression « new look » et la griffonne sur un bout de papier qu’il lance par-dessus le balcon à un coursier posté dans la rue. L’événement sera médiatisé le jour même aux Etats-Unis, bien avant la France dont les journaux sont en grève depuis un mois déjà.

Il aura donc suffit d’un bon mot pour que Christian Dior se retrouve propulsé sur le devant de la scène. Le couturier devient l’emblème de la haute-couture et permet à Paris de reconquérir son statut de capitale de la mode. Malgré tout, les événements historiques de la dernière décennie ne permettront jamais à la ville lumière de s’ériger en meneur absolu du style. Et s’il est aujourd’hui tenu pour acquis que Paris est indéniablement la capitale de la haute-couture, l’avènement du prêt-à-porter demeure l’affaire d’autres villes comme Londres, New-York ou Madrid.

6. Dior réac ou Dior visionnaire ?

Qui dit succès dit forcément critiques. Certes Dior a révolutionné la haute-couture mais il n’a pas toujours fait l’unanimité, notamment auprès de certains avant-gardistes américains. Retour au corset, jupe trop longue, on reprochera souvent à Dior de masquer l’emprisonnement des femmes derrière une pseudo-révolution.

Le couturier se défend de ces attaques, arguant que le corset permet d’affirmer la poitrine, de même que rallonger les jupes attise la séduction et le charme féminins. Le désir doit être suggéré et non exposé de façon ostentatoire. « Une robe bien coupée est une robe peu coupée »2, expliquera-t-il à ses détracteurs. Classique mais pas réac, Dior tient à prouver que cacher les jambes des femmes n’a rien de scandaleux. Ne rien montrer au dessus de 40 cm du sol accroît la mise en valeur des chevilles, symbole féminin par excellence, déjà embellies par la finesse des escarpins pointus. Par ailleurs, la conception même de la jupe-corolle accentue les ondulations du corps féminin de par la fluidité des textiles utilisés.

Une autre branche de la critique, française cette fois-ci, lui reprochera les coûts exorbitants de ses créations en des temps austères. Des accusations pour le moins infondées puisque Dior est financé par Marcel Boussac, grand industriel du textile, qui lui fournit le tissus dont il a besoin, à savoir des toiles de parachutes en soie fabriqués pendant la guerre.

7. Un concept à la fois éphémère et éternel

On peut dater la fin du New Look en 1953, alors que Dior se démode lui-même en présentant la « Ligne H », sa nouvelle collection également surnommée « haricot vert », qui efface les volumes tant plébiscités par la collection « Corolle ». Un acte qui pourrait paraître surprenant mais qui s’inscrit au final parfaitement dans la logique révolutionnaire du créateur. En effet, la notion même de « new look » porte en elle le concept d’éphémère : rien ne peut rester nouveau éternellement.

Le New Look apparaît alors dans toute son essence, à savoir une mode de transition ouverte sur un nouveau départ, une nouvelle dynamique qui aura permis de relancer Paris dans la course à la capitale de la haute-couture, et que d’autres modes seront en charge de maintenir.

Toutefois, le New Look n’est pas mort pour autant puisqu’il continue d’inspirer fortement les couturiers de la marque qui ont succédé à Christian Dior. Marc Bohan précisera d’ailleurs en 1987 que « c’est surtout l’esprit qu’il fallait conserver, c’est-à-dire une certaine classe, la nouveauté, la féminité » 3.

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